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Crise de l’école haïtienne

L’école, ce temple du savoir, ce phare avancé de la culture ne saurait se concevoir sans l’observance d’un plan directeur ni des objectifs précis et évolutifs à poursuivre à travers le temps et l’espace. Son rôle essentiel consiste à former des individus compétents pour assurer la continuité de la vie nationale dans l’ordre et le progrès. D’ores et déjà on peut se demander si les fruits produits par l’Éducation Nationale répondent aux promesses des fleurs qui parfument nos programmes d’enseignement passés et présents.

 

L’École est fondamentale pour l’enfant. Non seulement elle fait partie du  processus normal de son développement intellectuel et de son apprentissage social mais encore elle polit ses angles en rendant plus onctueux ses contacts avec d’autres personnes que les membres de sa famille proche, d’autres cadres sociaux que le quartier où il réside. Par ce biais se produit lentement mais surement l’élargissement de son horizon et le rétrécissement de certains préjugés mesquins vécus dans l’enceinte familiale. Ainsi il devrait s’affranchir de certaines tares du moule familial le plus souvent laissées par l’héritage génétique et les attributs sociaux.

Le contact de ses camarades de classe devrait le niveler aux mœurs, aux habitudes  et aux traditions du milieu ambiant. Cette mise à niveau est fondamentale pour son équilibre mental  et son intégration sociale. Jusqu’à présent peut-on prêter de telles vertus à l’Enseignement en Haïti?  L’École, il faut bien l’admettre, c’est le dépositaire de notre culture. On ne peut pas jouer à l’autruche en se bouchant les yeux pour faire semblant d’ignorer les antagonismes sociaux qui endeuillent et appauvrissent la nation.  D’où ce retard qu’on accuse dans tous les domaines. On en veut pour preuve les médailles d’or raflées récemment par la Jamaïque et les pays  Africains, tandis que les Haïtiens ont brillé par leurs échecs.

Les préjugés mesquins qui nous divisent entre Noirs / Mulâtres, paysans / citadins, Gro trip / ti Trip, Nègre en haut / Nègre en bas, en haut la ville/en bas la ville, sont les témoignages éloquents de nos frictions sociales rétrogrades. Nous sommes toujours au bord de l’éclatement. Il suffit de l’étincelle du discours flamboyant d’un leader politique pour que la Nation s’embrase. A ce point de vue, l’échec de l’Enseignement en Haïti est éclatant et même solennel. Il revient au curriculum de l’École Fondamentale de rectifier le tir. L’enfant est une pâte glaise qu’on peut modeler à sa volonté. Nos professeurs peuvent aisément les affranchir de certains complexes sociaux en les fondant  tous dans le même creuset pour une société haitienne plus homogène, plus solidaire et plus progressiste.

L’hécatombe ne se solde pas seulement par notre faillite sociale et économique. La mauvaise orthographe, la médiocrité de la rédaction des textes, le langage parlé sont catastrophiques. A quelques exceptions près, l’indigence des textes et la mesquinerie du discours se précisent de plus en plus. Le style est macaronique. Pour s’en convaincre il suffit de prêter oreille aux désopilantes séances  publiques nationales. Il n’y a pas de générations spontanées. Nous sommes certes en train de récolter les fruits dont les graines ont été semées dans un passé récent. Les notions d’Histoire de Géographie, de Droit et même de Civisme  sont ignorées et/ou méprisées. Quant aux notions de math et de comptabilité nationale, on vogue sur la galère! Dans ce cas, comment peut-on juger de l’adéquation du Budget National en fonction de nos disponibilités relativement à la satisfaction de nos besoins? Quelles sont les alternatives possibles? Quels sont les instruments de contrôle? Qu’en est-il du feedback?

Précisons que cette inqualifiable monstruosité de l’Enseignement en Haïti est la dérivée partielle de certaines variables telles que :

-       les réformes boiteuses de nos programmes d’enseignement souvent tronquées par des interventions inopportunes de nos acrobates de l’administration publique en vue de satisfaire leurs intérêts mesquins,

-        la prise en otage de l’enseignement à tous les niveaux par nos leaders politiques lançant des appels à la grève à tout casser. On a même boudé les examens du Baccalauréat sous le CNG en signe de revendication en faveur du changement.

Voici les résultats du changement :

-       une démotivation de nos élèves et étudiants,

-       la médiocrité de nos cadres administratifs et politiques

-       la remontée de la violence suite à la déliquescence de nos mœurs

Paradoxalement à cette courbe décroissante du niveau d’instruction et de la sécurité publique, il faut aussi souligner  une percée fulgurante de l’esprit de créativité des masses pour assurer leur survie, la cohérence et le pragmatisme de nos jeunes. Cette constatation aussi bizarre et contradictoire qu’elle puisse paraitre caractérise l’incompatibilité du mode d’enseignement  dispensé dans nos écoles  par rapport aux attentes de nos élèves et étudiants bien accrochés à l’avancement technologique actuel sonnant le glas des manuels ordinaires froids et nos salles de classe trop austères. Il devient ennuyeux et révoltant de recevoir les dictées  d’un docte professeur tirées dans un cahier jauni. Quant aux leçons à apprendre par cœur et aux devoirs à la maison, c’est le déni total !

Il y a là matière à réflexion. Contrairement à cette courbe décroissante du niveau d’instruction, on observe une croissance rapide de la délinquance juvénile. En revanche, il faut signaler aussi l’éclatement de l’imagination créative et la cohérence de jugement des jeunes sur le plan pratique. Ce triste constat par son ambivalence caractérise l’incompatibilité du mode d’enseignement actuel avec les nouvelles aspirations de cette jeunesse complètement tournée vers le monde virtuel. Hélène Huot, professeur de linguistique à l’Université de Paris explique ce phénomène par le décalage observé entre l’école et la vie courante. Le drame dérive du fait que l’enseignement en Haïti n’a pu suivre l’évolution sociale en cours.

Chaque jour, la télévision, l’ordinateur, l’Internet etc. livrent à domicile  des informations et des documentations plus enrichissantes, plus récentes parfois illustrées, souvent  sonorisées et animées. Pourvu qu’on soit super branché on vit sur le vif la capture du Colonel Kadhafi avec les commentaires des plus grands spécialistes du monde. On comprend la fatigue de nos étudiants avec les manuels pédagogiques austères. Les élèves et les étudiants d’aujourd’hui ne sont pas plus mauvais qu’avant. Ils souffrent tout simplement du déphasage de notre système d’enseignement qui n’emboite pas le pas encore à la modernité. Flanquer un élève au tableau avec un bâton de craie blanche est une épreuve vraiment difficile et révolue. L’apprentissage informel par entraide offre aux internautes des moyens plus performants d’instruction.

Les modèles alternatifs sont plus attrayants que les méthodes d’enseignement traditionnelles. L’enseignement classique haïtien propose des cheminements très couteux et trop difficiles qui ne débouchent pas sur le marché du travail. Le rapport coût/bénéfice n’est pas satisfaisant. Après 15, 20, 25 années d’études réussies on ne peut pas trouver un emploi. Le chômeur par défaut tente souvent d’exprimer sa frustration par les manifestations populaires, la violence, le banditisme etc. Il y a désinsertion et réinsertion. Ce manque d’adaptation de l’Éducation haitienne au marché du travail est à l’origine de nos plus grands troubles sociaux. Les revendications sont latentes. Il suffit d’une étincelle pour que la mèche s’allume en plaçant le Locataire du Palais National sur des charbons ardents. Pour éviter de tels basculements il nous faut des outils pédagogique performants. Il nous faut coûte que coûte rattraper ce retard de notre système d’enseignement sur l'évolution sociale activée par les mutations techniques afin de juguler la crise de l’école haitienne.

 

 

 

 

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