La presse haïtienne et les ambassades: complicité d'ingérence
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- Catégorie : Politique
- Publié le dimanche 15 juillet 2012 20:33
- Écrit par Guy Ferolus
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L’ingérence étrangère est une pratique quotidienne de la vie politique haïtienne. Elle est recherchée et alimentée non seulement par les politiciens mais aussi et surtout par la presse haïtienne très gourmande en matière de sollicitation des personnalités diplomatiques étrangères accréditées dans le pays.
Dans les grands médias nationaux les déclarations des ambassadeurs américains et français se disputent la Une quand le discours des responsables politiques locaux est relégué au second plan. Curieux ! Les propos d'un ambassadeur sont plus importants que la prise de position d’un ministre ou d’un élu. Ainsi pour comprendre la destitution d’un premier ministre, le vote du budget de l’État ou toute autre question de politique nationale il faut interviewer un diplomate étranger. Pourquoi les journalistes sont-ils si friands de l’avis des diplomates ? Est-ce parce qu’on ne prend pas au sérieux les dires de nos dirigeants? Ou est-ce le souci de la pertinence dans le traitement de l’information qui pousse nos chers journalistes à aller chercher l’information à la source c'est-à-dire auprès de ceux-là qui détiennent les clefs du pouvoir ?
Dans cette Haïti complexe un journaliste qui se respecte doit s’arranger pour avoir les informations de première main et de sources fiables, en d’autres termes des informations venues directement des ambassades étrangères, là où s’exerce, vraisemblablement, la réalité du pouvoir politique.
De leur coté les diplomates ne se privent pas de cette tribune qui leur est offerte par la presse. Ils sont sur toutes les radios et chaines de télévisions, commentant la gestion des institutions, les actes des politiques etc.
A Port-au-Prince un ambassadeur n’est pas seulement un diplomate étranger mais un acteur tout puissant du jeu politique avec qui on doit avoir de bons rapports si on veut exister. C’est drôle, Haïti cumule tous les paradoxes ! En même temps, ce pays regorge de nationalistes de tous poils prêts à brandir le drapeau national, à ressasser les exploits de Dessalines dans un coup de tonnerre viv lib ou mouri en fustigeant l’ingérence étrangère.
Mais comment un ambassadeur peut-il entrer dans un tel jeu en foulant au pied le devoir de réserve lié à sa fonction ? Comment les dirigeants haïtiens, surtout les parlementaires habitués à des déclarations à l’emporte-pièce, peuvent-ils laisser faire sans même lever le petit doigt pour protester, et dénoncer l’immixtion des puissances étrangères dans la gestion de leur destinée ? Qu’est-ce qu’un diplomate a à dire sur la nomination ou la destitution d’un premier ministre ? Qui se préoccupe de son avis sur l’organisation des élections? Faut-il rappeler que sous d’autres cieux l’avis d’un diplomate étranger, quelque soit son estime et son prestige, compte moins que ce que pense le plus insignifiant des élus en matière de politique intérieure.
La question est beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait. Eh oui ! Quand il s’agit d’Haïti on engendre du complexe par le simple. L’ingérence étrangère dans la politique du pays ne date pas d’hier. Les Duvalier ont dirigé Haïti avec un bras de fer pendant quarante ans sous la bienveillance et la bénédiction de la communauté internationale et il n’a fallu que d’un simple coup de fil des américains en 1986 pour chasser Baby Doc du pouvoir. Plus récemment, le départ précipité de Jean Bertrand Aristide est en partie l’œuvre concertée de la diplomatie franco-américaine, mise à part une forte mobilisation populaire visant la destitution du pouvoir lavalas. Gérard Latortue, qui a assuré l’intérim du pouvoir suite au départ d’Aristide, a été imposé par le voisin superpuissant. René Préval, malgré sa popularité apparente, ne serait pas revenu aux affaires si facilement et dans les conditions que l’on sait si ce n’était la volonté des « bailleurs de food ». Et chacun sait que l’actuel président Michel Martelly (ex Ti Simone) bénéficie du soutient inconditionnel de l’Oncle Sam.
Cependant, il faut reconnaitre qu’Haïti n’a pas su prendre en main sa destinée. On lui finance tout : ses élections, ses infrastructures, le budget de ses institutions, son pain quotidien... Et en contre partie on lui demande des comptes selon la formule tristement célèbre "qui finance commande". Mais est-il pour autant normal que des diplomates étrangers foulent au pied le devoir de réserve et se comportent en véritables acteurs politiques de la scène nationale?
Guy Ferolus



